L’orchestre du lyrisme

« Ce léger rien des choses qui ont fui » d’Alain Duault (Gallimard)

par Jean-Michel Maulpoix

Comme pour apporter à son titre un démenti cinglant, Ce léger rien des choses qui ont fui confirme avec éclat cette évidence : la parole lyrique monte en puissance à proportion de la quantité d’ombre projetée par la mort sur nos attachements les plus vifs, au premier rang desquels vient se dresser l’Amour.

Car ce sont bien là les deux forces antagonistes qui font de part en part chanter l’écriture de ce nouveau livre d’Alain Duault, telles deux formes de l’affolement : angoisse et désir, terreur et plaisir, comme ténèbres et lumière…

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Devenir pierre

Sortir de Benoît Conort, Champ vallon, 2017.

par Jean-Michel Maulpoix

Voici que la nuit descend : sur le poème, sur la mémoire, sur tout ce qu’il reste de vie… Elle descend comme l’obscurité noie peu à peu le jardin, ou elle remonte des mots et de leur vieille charge de sens, comme d’une enfance à présent lointaine mais dont les anciennes douleurs connaissent un regain de rigueur.

L’ombre gagne : elle s’étend et dévore, de sorte que le poème paraît ne plus pouvoir grand chose, si ce n’est consigner les marques et les moments de cet obscurcissement. Qui a lu Main de nuit (1998) et Écrire dans le noir (2006) éprouve le sentiment que dans ce nouveau livre de Benoît Conort un pas de plus est franchi vers l’inconsolable : le désastre s’étend, l’air manque, l’asphyxie menace. Le poète mord « l’éponge de vinaigre », tandis que remuent au dehors les ombres d’une histoire sanglante.

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