L’orchestre du lyrisme

« Ce léger rien des choses qui ont fui » d’Alain Duault (Gallimard)

par Jean-Michel Maulpoix

Comme pour apporter à son titre un démenti cinglant, Ce léger rien des choses qui ont fui confirme avec éclat cette évidence : la parole lyrique monte en puissance à proportion de la quantité d’ombre projetée par la mort sur nos attachements les plus vifs, au premier rang desquels vient se dresser l’Amour.

Car ce sont bien là les deux forces antagonistes qui font de part en part chanter l’écriture de ce nouveau livre d’Alain Duault, telles deux formes de l’affolement : angoisse et désir, terreur et plaisir, comme ténèbres et lumière…

Et ce sont alors, sur près de deux cents pages, non pas de « légers riens », mais les cris, les vitupérations, les suppliques, les murmures amoureux, les musiques, les coups de reins et les mouvements d’épaules du poème, bref toute l’étendue de la geste du lyrisme qui se donne à entendre et à lire, tandis que s’empoignent l’angoisse de mourir et la fièvre du désir.

La parole poétique est lancée dans une course à l’image : elle se rebelle en rythme contre le mourir, et veut répondre au silence qui menace ; elle fait poème de toutes ses forces, de toutes ses formes : en quintils, en quatrains, en tercets, en palindromes… Il faut chanter, chanter encore : faire donner tout l’orchestre. Il n’y a pas grand chose à dire : seulement à épouser la cadence, faire mine d’étreindre le corps aimé dans la langue, dire et redire le désir même devenu comme une modalité ultrasensible de la perception, une attention suraigüe et douloureuse aux détails de la beauté. Comment ne pas appeler lyrisme la colorature de cette voix qui s’enlève et s’enfièvre ? Cette façon de cogner vigoureusement à la porte du temps, et surtout ce risque pris de l’excès, de l’emphase, ces gestes et ces cris d’opéra « qui va mal finir ». N’est-ce pas aussi cela le poème : une dépense de langue ? Il faut beaucoup de mots, d’images et de rythmes, pour faire face au « léger rien des choses qui ont fui ».

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