Connaissance par les larmes

par Jean-Michel Maulpoix

Connaissance par les larmes : sous ce beau titre, Michèle Finck nous donne aux éditions Arfuyen un livre important qui explore « la voie lactée des larmes » telle qu’elle coïncide avec la part sensible de l’écriture poétique. Musique, peinture, cinéma, architecture : les arts et les mythes, autant que les émotions vécues, entrent tour à tour en résonance avec cette conscience sensible de la langue que l’on appelle poésie et qui cherche, interroge, se souvient, espère et souffre… Les œuvres ainsi font corps avec la vie, sa souffrance, son désir du large, son écoute silencieuse de la neige, son appel à autrui : cette quantité fébrile d’attente à tout jamais insatisfaite que nous pouvons appeler « soif », souvent pareille à une page blanche, où vient s’écrire la partition même de notre existence. Pour le dire autrement : Connaissance par les larmes est un livre-bilan qui rassemble et qui organise les morceaux d’un savoir poétique venu fragmentairement, au plus près de ce que notre vie dispense d’émotions et construit de pensées dans la douleur même de se connaître périssable.

Rares sont les livres de poèmes de cette espèce, qui peuvent se lire comme des investigations critiques autant que comme des recueils de pièces lyriques, par l’insistance avec laquelle, de page en page, ils poursuivent obstinément un même motif, en procédant par variations, tantôt en vers, tantôt en prose, d’une écriture à la fois lucide et somnambule, comme titubante de douleur contenue, modulée, traversée de visages nombreux, d’évocations, de portraits rapides, de citations… C’est là comme une étude lyrique des larmes, un chant critique de la beauté et de la douleur humaine tenue, retenue, silencieuse, convertie dans la langue du poème en coulées limpides.

Il y a là des larmes « impossibles », comme les larmes des morts, ou les larmes d’écume de la mer. Mais il y a aussi les larmes creusées par la musique et des larmes de joie. La poésie est bien « connaissance par les larmes » : par l’émotion et tous les états de la sensibilité, par le trouble et la détresse, par l’amour et le deuil, par le son et l’image… Loin de se plaindre à tout propos (il n’est pas ici question de mouchoirs mouillés, non plus que de pleurnicheries), la poésie sait être cette coulée limpide où s’en vont dans les mots « les larmes non pleurées ». Vers où vont-elles ? Vers l’oreille d’autrui que la poésie cherche pour lui parler :

Espoir :   que chaque rencontre soit   poème

Et que chaque poème soit   rencontre.

 

Mais tant de fois   rencontre   n’est pas poème

Et poème   n’est pas   rencontre.   Comment vivre ?

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *