« A l’équilibre » de Judith Chavanne

Judith Chavanne, A l’équilibre, éditions le bois d’Orion, 2017

par Jean-Marc Sourdillon

On retrouve avec ce nouveau livre de Judith Chavanne, l’univers familier de ses poèmes : des enfants aux fenêtres, des fleurs, des oiseaux, l’espace abrité de son jardin, le silence de la neige qui tombe ou ces quelques gestes qui paraissent parfois se suspendre. Motifs inlassablement repris mais jamais lassant, sans cesse changeant, redisposés autrement et révélant, sans jamais les nommer ces imperceptibles mouvements de la vie intérieure.  Lire la suite

« Proxima Centauri » de Mathieu Hilfiger

Proxima Centauri, Mathieu Hilfiger, éditions « Le Ballet royal », 2018.

par Jean-Marc Sourdillon

Proxima Centauri est le nom de l’étoile la plus proche de la terre après le soleil. Proximité très relative puisque qu’elle se trouve à environ quatre années lumière. C’est aussi le titre d’une courte pièce de théâtre de Mathieu Hilfiger, une sorte de dialogue stellaire parue récemment aux éditions « Le Ballet royal ».  Trois personnages, un ingénieur, un médecin et un technicien, dérivent  au milieu de l’espace à bord d’une station spatiale dont ils ont la responsabilité. Ils commentent dans d’étranges dialogues poétiques la situation dans laquelle ils se trouvent : le monde d’où ils viennent est en guerre et menace d’exploser, l’engin qu’ils habitent est sur le point de s’effondrer et la lentille de la lunette qui leur permettrait de se repérer est fendue et impossible à réparer. Leur seul repère est l’étoile Proxima Centauri dont ils se rapprochent dangereusement alors qu’elle entre en fusion.  Michèle Finck dans une remarquable préface a montré comment cette pièce constituait une sorte de chant polyphonique du désir d’origine. On pourrait ajouter qu’avec ce chant, Mathieu Hilfiger a trouvé une forme originale pour dire ce qu’il y a sans doute de plus important et de plus difficile à dire aujourd’hui : l’espérance, ou le désir espérant. Il faut pour  y parvenir, se désorbiter, traverser la triple couche des discours nostalgiques, pessimistes et nihilistes qui dominent encore la pensée contemporaine (c’est à quoi sert précisément le comique ou l’humour de ce texte : à mettre ces discours à distance tout en  les prenant en compte pour éviter de verser dans la naïveté ou un trop facile lyrisme). On peut alors, une fois franchi ce qu’on doit aux pensées de l’époque,  renverser d ‘un coup,  au terme du dialogue, la proposition initiale formulée par le docteur : « c’est la fin depuis le début, ainsi le veut la création » (la formule de toutes les mélancolies). Dans l’espace où il n’y a ni haut ni bas, on devient libre de prononcer la formule contraire : « c’est le début depuis la fin, ainsi le veut la création littéraire » (la formule de toutes les espérances).

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