Les élégies inverses d’Emmanuel Hocquard

par Jean-Michel Maulpoix

Né à Tanger en 1940, lecteur des objectivistes américains, familier de la pensée de Wittgenstein, Emmanuel Hocquard publie en 1987 aux éditions P.O.L un volume marquant, intitulé Les Élégies, dont l’écriture a couru sur vingt ans. Le titre est apparemment paradoxal, puisque ce volume s’écarte délibérément de tout pathos subjectif pour s’en tenir à une espèce de registre objectif. En effet, il ne s’agit pas pour Hocquard « d’éclairer le lecteur sur un passé individuel mais, au contraire, de le faire assister à un arrachement du biographique, c’est-à-dire du culturel, et de ce qui nourrit, au départ, toute écriture lyrique : le narcissisme, les états d’âme, la douleur, l’amour, les souvenirs, les soupirs et les regrets. »

Emmanuel Hocquard parle volontiers à ce propos d’élégie inverse, littérale et non plus lyrique : au lieu de ruminer le passé, l’écrivain travaille à le reconstituer fragmentairement à partir d’indices semblables aux morceaux de poteries brisées que l’on peut trouver lors de fouilles archéologiques, non loin des rivages de la Méditerranée Le lecteur se trouve associé à ce jeu de (re)construction formelle qui prend un aspect ludique. L’attention grammaticale au langage, à ses tournures est alors le vecteur essentiel : Continuer la lecture