Le bruit de la langue

Le bruit de la langue, de Gilles Mentré, par Jean-Michel Maulpoix.

Un après-midi au zoo où les autruches côtoient les singes, un tableau accroché au mur, un bruit qui insiste dans le silence, un roi jaloux de la lumière, un voyageur qui traverse la campagne en fredonnant…, Le bruit de la langue de Gilles Mentré assemble proses et vers dans une suite de libres variations dont l’objet demeure improbable. Voici un livre qui entraîne son lecteur dans la singulière partie de cache-cache que la langue engage avec elle-même et avec le monde, dans l’écriture poétique. Choisissant d’évoquer à bâtons rompus des situations ou des souvenirs détachés les uns des autres, mais qu’il prend soin d’agencer avec méticulosité, Gilles Mentré dispose sous nos yeux des signifiants précis aux signifiés incertains. Il aiguise et trouble délibérément notre perception. Les mots dérangent l’assise des choses et font éprouver ces légers déséquilibres qui affectent notre rapport au monde, « car parler voudra dire trébucher, se moquer de soi, bondir ».

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France Burghelle Rey : la dialectique du désir

par Alain Duault

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France Burghelle-Rey a déjà derrière elle une œuvre conséquente publiée depuis une dizaine d’années au gré de revues et d’éditeurs de poésie – mais aussi via les réseaux sociaux, tant par son blog très fourni que par la publication régulière de poèmes sur facebook. Cette Petite anthologie est donc l’aboutissement d’un parcours d’écriture qui veut hausser la parole contre l’étouffement, contre la souffrance, toutes les souffrances qui bâillonnent. Pour déployer son lancinant discours, au bord du silence, France Burghelle Rey a choisi de travailler la forme du verset – mais un verset concentré, dense, âpre. Nous sommes à des années-lumière d’une poésie bucolique : face à ce pessimisme amer, même la Nature est un vertige mortifère : « il faut chanter l’été et puis après partir » ou « Je suis ce tremblement qui fait craquer les pierres » ou encore « je me souviens de ce jardin où j’appris à pleurer » ou même « je m’habille en feuilles mortes ». Lire la suite