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Sommaire - Archives - Nous écrire- 


Revue en ligne de littérature et de critique, "Le Nouveau recueil" publie des textes de création, des études et des articles. Fondée en 1984, sous le titre "Recueil", rebaptisée "Le Nouveau recueil" en 1995, ce fut d'abord une revue "papier" publiée trimestriellement par les éditions Champ vallon auprès desquelles il est toujours possible de se procurer d'anciens numéros. ).
L'édition électronique a pris la relève de la revue papier en mai 2008.

Le nouveau recueil est dirigé par Jean-Michel Maulpoix.



Dernières publications
mise à jour du 10 mars 2021



In / Carne

par Carole Darricarrère

"À tâtons de traversée entre les signes une disposition à la lecture s’appréhende. L’expérience de la présence tient à une "décompréhension". De l’œil à la peau au ralenti la mémoire est longue qui depuis le travers du corps de l’homme regarde. Un corps de sensations, une respiration de pages, une foulée de symbiose enracine sa différence dans le semblable, la dent dans la montagne, le souffle dans le vent, un décor investit le ciel intérieur du corps - fait corps d’intériorisation en mouvement dans le paysage une somme aléatoire de marques" (lire la suite)...



Hugo
par Carole Darricarrère

"De l’art de la lecture à celui de l’hommage post mortem, fleurs fraîches - sans couronne sépia -, du défi à l’admiration et au pari tenu sur la longueur avec une ferveur discrète et une tendresse assumée, Lionel Bourg nous offre de siroter un essai bien stylé et nous invite à redécouvrir belles métriques et grands récits."

(lire la suite...)


tant qu'on a
                                  la santé

"Un an et demi après la maladie, Gabriel Meshkinfam se laisse à nouveau ausculter par une poésie chirurgicale. Il s’agit en quelque sorte de mettre à jour les sutures du corps, les replis d’une conscience encore fragile et les petits éléments de la vie qui ont évolué ou persisté depuis « Tant qu’on a la santé ». À vingt-quatre ans, les choses ne font que commencer et on a pourtant l’impression de tourner en rond".




Mahy

 par Olivier Vossot

 (...)Le pluriel du titre suggère d’emblée combien, au milieu de la noirceur ou du désenchantement des mots – ceux d’une poésie parcimonieuse d’être à ce point polie, ciselée dans ses moindres détails –, ce ne sont qu’interstices, failles par lesquelles passent les liens que nous ne cessons de tisser, en nous, avec ceux qui ont compté, et ne sont plus. Il n’y a peut-être pas d’arrière-monde – mais nos vies sont cousues d’arrière-plans.  (...) lire la suite...


Camille
                                  Kouchner

par Jean-Charles Vegliante

"Quelle violence que ce silence blanc, cette voix blanche entre les pages du livre ! Contrairement aux mémoires terrifiées de la furie Gilles de Rais (récemment revisitée par Claude Gauvard dans Les grandes affaires criminelles, ouvrage dirigé par Jean-Marc Berlière chez Perrin), ou du déchaînement sans bornes des Cent-vingt Journées de Sodome pasoliniennes, auxquelles peut faire penser le cercle des « Sanaryens » en vacances épinglé par Camille Kouchner, tout dans le scandale interminable de sa Familia grande se déroule justement sans scandale, à bas bruit, dans un huis clos aussi étouffant que l’existence des notables impliqués était exubérante, prodigieuse.  Un silence meurtrier, si l’on pense aux nombreux morts qui parsèment l’histoire des jumeaux Camille et Victor (et de leur frère aîné Colin) entre Paris et Sanary. ...)" pour lire la suite.


Arche Carole Darricarère

Photographie de Carole Darricarrère
"Ou comment faire d’un monologue instrumental - sans paroles autres que les débordements de mots en bon désordre d’un journal nocturne - un voyage interstellaire s’assimilant furieusement à une quête transcendant à la fois le langage et les maux de la condition humaine,
En cette année 2020 et son vocabulaire de fin du monde qui se termine comme elle a commencé comme un serpent se mord la queue,
En cette année la plus bernhardienne, la plus schizophrénique qu’il nous ait été donné de traverser à nos risques et périls, « telle voix d’un hors-monde soufflant, depuis son lieu futur, appelant, appelant à entendre », quel chant de sirène, « lieu de la lancée », « écarte les lianes, c’est alors le ciel »... (lire la suite...)


Vossot

 
par Jean-Marc Sourdillon

"On retrouve dans L’écart qui existe les qualités qui avaient fait la force de Personne ne s’éloigne, le précédent livre d’Olivier Vossot, si réussi, si fragile et si ferme à la fois, qui avait obtenu le prix du premier recueil de poésie. Il n’est pas facile de parler de ce second livre exigeant et subtil, dont on comprend peu à peu que s’y joue quelque chose de vital.
Je pense parfois en le lisant à la voie inaugurée par Pierre Reverdy, cette manière de composer ses poèmes verticalement selon le principe d’un parallélisme des vers. (lire la suite...)



Leopardi


Le poète Gianni D’Elia, habitant amoureux d’un paysage qui fut celui de Giacomo Leopardi – Recanati et alentours, des collines aux rives –, a souvent rendu hommage au souvenir de son illustre prédécesseur, dont il évoque la jeunesse pugnace dans ces deux textes (un extrait et un poème remodelé à quelques années de distance), ici entièrement retraduits par Jean-Charles Vegliante. "De Fiori del mare" 2015 (évidente réminiscence d’un autre poète aimé, que l’on pourrait essayer de rendre par « Fleurs du sel ») au tout récent "Il suon di lei" (syntagme bien connu de L’infinito : « le son d’elle »), mais à partir d’une Lettre encore antérieure (lue au Colloque Leopardi de 2008 à Recanati), il s’agit, comme c’est souvent le cas en poésie, d’un véritable dialogue fraternel, par delà la distance temporelle et physique. "    (lire la suite...)




par Carole Darricarrère

« Je m’adresse à un lecteur qui, pour reprendre le terme de Paul Celan, se hisse. Quand quelqu’un me dit : « Je ne comprends pas. » je suppose qu’il n’a pas le désir de se hisser jusqu’au sens.  Se préparer à la lecture est passionnant, mais il faut s’en donner les moyens. » si l’on considère que le livre, par isolement, est « un tombeau offert au lecteur pour qu’il y descende. Pour qu’il y introduise sa propre disparition »*, l’œuvre et sa psyché une rampe d’accès à l’inconscient.

 

Autant que je m’en souvienne, chaque livre de Jean Daive m’est toujours apparu comme la chambre d’écoute de quelque cabane de survivant perché par delà les ailes et les moulins une étoile à cinq branches au front pointant l’infini ; ce que j’appelle un livre de poudreuse dans lequel s’enfoncer loin du bruit du monde en compagnie de quelques rares sosies croisés et reconnus pour ce qu’ils sont : luminaires, veilleuses, astres et apôtres.  (lire la suite...)




Sappho

De cette ode très célèbre, classée ordinairement dans le 1er livre des Œuvres de Sappho (tout en strophes sapphiques 11, 11, 11, 5), nous donnons deux traductions refaites sur les versions italiennes de Giovanni Pascoli en vers sapphiques et de Jolanda Insana en vers libres (ou, bien que comptés, libérés). Nous avons omis le dernier vers, lacunaire, qui commençait par une adversative de difficile interprétation, comme l’avait fait déjà Pascoli. (lire)






Pierre Oster

Pierre Oster
  • Hommage à Pierre Oster (1933-2020)
Le poète Pierre Oster, est disparu à Paris ce 22 octobre. Il avait accompagné de son amitié attentive les débuts de nombreux jeunes auteurs et joué dans les années quatre-vingt un rôle de conseiller, de soutien et de passeur attentif. Le Nouveau recueil a souhaité lui rendre hommage en réunissant des textes écrits par des poètes qui lui furent proches:


Transibérien

par Pascal N. Mora

Dans un espace euclidien, la droite est le chemin le plus court entre deux points ; sur Terre, les reliefs imposent aux trains d’autres dessins : au-dessus du titre sur le panneau de droite, la ligne de chemin de fer est déjà une ébauche d’éclair sur la carte du Transsibérien. Non seulement Cendrars ne l’a jamais pris, mais il n’a jamais non plus mis les pieds dans la Chine voisine et à Pékin où il assure pourtant avoir crevé de faim en 1904 comme en 1912 il battra sa dèche dans un New-York où il prétend avoir rédigé Les Pâques. Peu importe. La Prose ne scande-t-elle pas :

« Et j’étais déjà si mauvais poète
Que je ne savais pas aller jusqu’au bout » (lire la suite)






neige
par Jean-Charles Vegliante
Voici disponibles en français les deux derniers recueils d’Amedeo Anelli, poète et philosophe, génération 1956, fondateur-directeur de la revue « Kamen’ » (à savoir Pierre, et aussi poème de Mandelstam, 1913 : « Je suis ici, je ne peux faire autrement »). Ils sortent en même temps ou presque, et peu après leur édition originale (italienne), grâce à la traductrice Irène Dubœuf dont on doit admirer la diligence : divine surprise, quand on sait la difficulté qu’il y a à publier toute traduction de poésie qui ne soit pas anglo-américaine, ou d’une œuvre déjà largement popularisée (mettons, de Dante, Góngora, Hölderlin, Pouchkine…) – nous ne le savons que trop... (lire la suite...)


Portrait de
                                  Tristan Corbi§re


par Pascal N.Mora

En 1873, Les Amours jaunes s’ouvrent sur une lithographie de l’auteur, un autoportrait en va-nu-pieds raturé de courtes rafales, courbes ou droites. Le dessin est laid, sale... mais sûrement pas sans travail. A y regarder de près, à ces trop nombreux griffonnages se superposent sciemment quelques lignes plus épaisses et plus lisses, moins sauvages : autour des jambes, du visage, du chapeau et dans une moindre mesure de la bitte d’amarrage. Aucun trait n’est de correction ; les hachures sont postérieures à la silhouette qu’elles ravagent : elles ne changent rien à la position initiale, ne courbent pas le dos, n’abaissent pas le visage ; mais avec les yeux elles pochent le regard, et forcissent au point de les rendre illisibles ? les lignes initiales. Sous des amas parfois compacts jusqu’à la tache, aucune de ces lignes d’incorrection ne semble se raccrocher à une autre : elles ne sont pas parvenues à se concaténer en une forme close. A l’arrière de la cuisse, une ligne fine laisse à penser que le contour originel était fermé et autonome...(lire la suite)


Fourcade
  • magdaléniennement de Dominique Fourcade, aux éditions P.O.L
« Magdaléniennement », un mot étrange, « adverbialement beau » donne son titre à ce livre de Dominique Fourcade. Il suffit de tendre un peu l’oreille pour y percevoir beaucoup de choses : le prénom ancien de Marie-Madeleine, un petit livre de notes de la musique de Bach, une époque paléolithique de l’humanité, une grotte et un col des Alpes, ou ce tendre gâteau ventru qui fit rêver la mémoire de Marcel Proust… Un mot, n’est-ce pas pour le poète ce qui s’éveille et engendre tout à coup un monde, esquisse une scène, inonde et réveille quantité de souvenirs ? En suivant le fil d’une espèce de chronique-poème courant à grandes enjambées de 2011 à 2019, Dominique Fourcade assemble des états successifs de sa poétique comme autant de flux, d’afflux, de flashs qui sont des éclosions de sens. Prose poétique, poème en prose, essai, biographie, abrégé de la méthode, récit rapide, tout cela procède d’une même voix qui s’écrit, la sienne propre, et nous donne impulsivement à entendre son intelligence de la langue. Cela ne fait aucun doute :  la poésie est ici à la fois une ivresse et une puissance d’examen : « chaque poème a son cerveau ». (Lire la suite)


La petite
                                  maison
  • "La petite maison dans le jardin", essai de Pascale Rodts-Rougé sur l'oeuvre de Guy Goffette
"Depuis qu’un jour, enfant, il aperçut de dos, au confessionnal, les jambes en bas résille d’une inconnue, Guy Goffette est un homme à femmes.
Il y a eu Jeanine, douze ans, qui promet un baiser à Goffette, alias Simon (huit ans) ; il y a eu la Monette, quarante-deux ans, la cuisse légère et la voix folle, qui initie Simon (onze ans) aux ébats et aux malheurs de l’amour. Il y a eu les femmes en L : Laure, « Luce, Lili, Léonce, Léone, Lenny, et Marielle aussi, et Isabelle, Christel, Estelle et Claire, Clara, Claude, Clotilde, enfin, toutes les femmes en ailes, mes préférées pour leur côté volage et volatile  ».
Et puis un jour il y a eu Partance. Avec Partance, c’est autre chose. Car elle n’a ni ailes pour s’échapper, ni jambes à confesse. S’il fallait parler du corps de Partance, c’est plutôt à des corps lourds qu’il faudrait penser : celui de la Bonne Mère, la Sœur qui faisait la classe à la petite école et sous la jupe de laquelle il devait aller – « Allez, mon garçon, en enfer ! C’est là où vont tous ceux qui ne sont pas sages.  ». Ou bien encore le corps de la Grande Germaine, « dans les cent-vingt kilos », qui pour réchauffer Simon tombé dans le lavoir le « fourre » « tout nu dans sa chaleur, contre ses seins et son ventre  ». (lire la suite)...








Puisque la vie
                                  est rouge
  • Emmanuel Godo, Puisque la vie est rouge (Gallimard)
« Puisque la vie est rouge », couleur de fièvre, il incombe aujourd'hui au poète d'en donner le battement à entendre dans la palpitation de ses vers. Même s’il nourrit toujours en cachette des rêves de haut lyrisme et voudrait bien cueillir encore la fleur de ce « rouge idéal » que cultivaient ses aînés, ses vers  sont  de la prose coupée, à basse tension : le peu de poésie restant possible après que s’est étranglé le chant. Plus question de débattre de l’absolu, non plus que de faire chatoyer la croyance, quand « le squelette de Dieu tremble là-bas » et que « les voisins s’engueulent de l’autre côté du monde ». Cependant, une autre altercation, très ancienne, se poursuit sur le papier : elle opposa naguère le spleen à l’idéal, le fini à l’infini, et l’espérance au désespoir. A présent elle se fait encore l’écho de « L’Éternité en nous/ Qui ne veut pas mourir », et continue d’aligner sur la page « les mots pour ce qui ne peut pas vivre ». Autant dire que la voix du poème ne se contente pas d’exprimer la vie changeante des sentiments. Elle est cette force qui  questionne et qui cherche, appelle, réclame, propose, aspire, invente : angoisse, impatience, effroi, mécomptes et désirs rebattent indéfiniment les cartes de la langue et en redistribuent les images. L’écriture est une insomnie, aussi bien qu’une persévérance : « La Poésie : ma vie avec l’ange muet qui pourrait se mettre à parler » écrit Emmanuel Godo… Mais qui est donc cet ange muet ? Il tremble d’impatience. Il a souvent le visage jeune d’une femme, des lèvres, des ongles, et des oiseaux en émoi dans les yeux. Ses cheveux rouges qui brûlent dans la nuit ne sont pas ceux que l’on connaît aux statues des églises. Son surgissement soudain rappelle que la vie n’est pas chose acquise, bien installée dans la forme de ses habitudes, mais la force même de l’inespéré. Dans cette succession de rendez-vous manqués qui constitue le tissu de l’existence commune, il y a ces déchirures, ces blessures par où le sang laisse couler son trésor : de cela s’occupe le poème. Il est cette parole imprudente qui risque sa voix entre l’amour qui menace et le Dieu qui manque.
Jean-Michel Maulpoix


Aimer rimer


  • Préface à Aimer, rimer, 150 poèmes pour réinventer l'amour, anthologie réalisée et prése,ntée par Jérémie Pinguet, aux éditions L'Harmattan (296p, 22 euros)

L’amour aime les mots, qui le lui rendent bien.
    Lui qui tant fait parler se plaît à se dire et se redire encore, jusqu’à son dernier souffle, aussi bien pour exprimer son désir ou son bonheur que sa peine. Les mots sont ses miroirs, il s’y contemple et jouit de soi. Et voilà qu’à leur tour ces mots sont animés d’une ardeur singulière, plus faciles, plus dociles, plus joueurs, impatients de montrer de quoi ils sont capables. Eux aussi font l’amour ! « Allumés de reflets réciproques », ils s’empressent, s’appellent et se nouent sur le blanc de la page pour se faire poème. André Breton l’avait compris : « La poésie se fait dans un lit comme l’amour. Ses draps défaits sont l’aurore des choses. » Oui, le monde même semble renaître lorsque l’amour vient au langage et renouvelle notre perception du temps et de l’espace, « rendus sensibles au cœur » !  (lire la suite...)



En coeur
Né en 1997, Stéphane Lambion a publié "Bleue et je te veux bleue", son premier livre, en 2019, à "l'Echappée belle" (voir ici).
Il y a quelques semaines, un accident cardiaque l'envoie brusquement à l'hôpital en unité de soins intensifs. Il rapporte de cette épreuve le texte qu'il nous confie, "En coeur", écrit entre douleur et stupeur. A la fois journal et poème, cet ensemble de pages constitue une série de "tentatives de compréhension"   soutenues par un sens aigu de l'observation et un mélange très singulier de poésie, d'humour et de causticité.


Mariangela Gualteri

Née à Cesena en 1951, Mariangela Gualtieri est l’une des poétesses et dramaturges italiennes les plus reconnues dans le champ contemporain. Dans un recueil récent, « Le Giovani parole » (Einaudi, 2015), elle décide de faire l’éloge de l’immobilité. Dans un monde qui va trop vite et trop loin, la poétesse nous invite à redécouvrir les plaisirs de la lenteur et de l’attente. Son style simple se déploie comme une végétation. Le texte y est rythmé par une voix calme, à l’écoute des vibrations du corps et du changement des saisons. Le lecteur peut alors plonger au sein de l’ébriété d’une vie qui sait faire bon ménage avec la nature.  Ébriété, nous rappelle Mariangela Gualtieri, qui naît toujours du recueillement et de l’exploration de notre « espace du dedans. (Présentation par Gabriel Meshkinfam)

Mario Benedetti entre deux rives
  • In memoriam Mario Benedetti
Le poète italien Mario Benedetti, l’un des meilleurs de sa génération, vient de s’éteindre dans une maison de soins où il était hospitalisé depuis un accident cérébral consécutif à un infarctus. Né à Nimis le 9 novembre 1955, traducteur de Michel Deguy, Benoît Conort, Yves Bonnefoy, il avait obtenu le prix Brancati en 2014 pour Tersa morte, Milan, Mondadori, 2013 (voir : https://www.recoursaupoeme.fr/avec-une-autre-poesie-italienne-une-lande-imprononcable-peut-etre/ ) et le prix Villalta en 2018 pour l’ensemble de son œuvre (Tutte le poesie, Milan, Garzanti, 2017) ; il est mort à Piàdena, atteint du Covid19, ce 27 mars 2020. 
Avec Joëlle Gardes, Jean-Charles Vegliante avait proposé un large choix bilingue des Poesie à divers éditeurs français. Nous avions publié sur ce site des extraits du Silence du souffle (Mondadori, 2013) et proposons à présent un court poème, "Ce qu'est la solitude", traduit par son ami Vegliante, en guise de salut. Au revoir, Mario...





Sur un piano
                                    de paille

larmes
  • Les mains de Michèle Finck


par Jean-Michel Maulpoix

Sur un piano de paille, de Michèle Finck, paraît deux ans après Connaissance par les larmes, chez le même éditeur, Arfuyen. C’est à nouveau un livre où « les routes de musique et de poésie se croisent », pour reprendre une formule chère à Valéry. Ou plutôt faudrait-il dire que ces routes se superposent, cheminent ensemble et tendent à se confondre. De concert, musique et poésie donnent ici à lire et à entendre un chant de la mémoire.  Ce sont les émotions et les pensées d’enfance les plus profondes, les plus intenses, avec leurs blessures et leurs joies, qui viennent se loger là, sur ce double chemin de vie : dans la musique, dans le poème ! Sur le « piano de paille » de naguère, le poème joue ses variations, ou plutôt rejoue l’autrefois toujours présent. Il déchiffre de mémoire la partition de toute une vie, de part en part consacrée à l’alliance de la musique et de la poésie. La bande son de l’enfance est le fond sonore sur lequel l’écriture vient jouer cette vie singulière, entre cri et caresse, comme entre douceur et douleur. Karesse, Karesser, ces mots autrefois prononcés par le père quand l’enfant faisait face au piano de paille pour y déchiffrer la mélodie des Variations Goldberg, reviennent obstinément pour dire la douceur d’un toucher qui paraît s’extraire de l’angoisse et naître de « la conscience suraiguë de la solitude des chairs sans Dieu ». N’est-ce pas à ce défaut que vient répondre le toucher de la musique ?

Datée du 26 mai 2016, une aria, mélodie chantée par une seule voix, sous-titrée « Pierre pour un tombeau », ouvre et referme ce livre. Elle est dédiée à Yves Bonnefoy et fut écrite quelques semaines avant sa disparition, à Paris, le 1er juillet 2016. Mais de même que la musique se superpose au poème, c’est aussi bien la figure de son père disparu par qui elle découvrit la musique que Michèle Finck évoque dans ce texte. La musique tient ainsi la main du poème : mains de mourant du père et de l’ami, ou mains de la jeune femme qui écrit ou qui joue, telles sont ici les mains vivantes de Michèle Finck.



Intérieur du
                                  corps


par Gabriel Meshkinfam

Une écriture très libre, étrangement concrète, évoque la découverte en soi de la maladie, sans aucun pathos, sur un ton familier, faussement désinvolte, et avec des mots simples, attentifs au regard des proches comme aux imperceptibles turbulences qui se propagent jusqu'à eux depuis l'intérieur du corps menacé...

Gabriel Meshkinfam est un jeune auteur qui a déjà publié "La traversée des regards" aux éditions Pont 9. Il a également donné au "Nouveau recueil" une belle étude sur les mains d'écriture des poètes  du XXe: Le poète est-il un homme-de-main ?



Mer
par Chaher Mohamed Said Omar
Né à Mutsamudu-Hombo, sur l’île d’Anjouan, aux Comores, en plein Océan Indien, Chaher Mohamed Said Omar est un jeune auteur (dont les premiers manuscrits datent de l'année 2018) qui se présente lui-même "en quête de catalyseurs pour son vers aveugle encore". Et il ajoute : "Les femmes qu’il a aimé, sans retour, comptent parmi la matière qui l’innerve. Mais c’est surtout la mer, pour cet ilien, qui vient briser son écume contre la page. Le sable en a gardé la trace. La trace vise l’oubli. Et ne laisser qu’une émotion vague : toujours la mer."

bleue je te veux bleue

par Jean-Michel Maulpoix
Poussez la porte de ce livre, le premier d’un jeune auteur, entrez ! Cela ne manquera pas, dès les premières phrases, vous serez saisi par la netteté de l’écriture : comme un habit coupé avec soin, la langue tombe bien, ses plis sont justes!
Une succession de courts chapitres met en place avec une grande liberté les éléments d’un récit minimal. Penché sur sa propre mémoire, un jeune homme qui ne trouve pas sa place dans l'amour simple, l'amour de la vie à deux, se faufile sur les traces d'une jeune femme mystérieuse, presque une étoile filante : « la petite gitane ».
(lire la suite...)

Vue de Delft

Giulio Burresi est né à Sienne (Italie) en 1988. Il a commencé à écrire dès l’adolescence (une des nouvelles qu’il a écrites alors a reçu un prix au concours “Dentro le parole”, organisé par la maison d’édition Zanichelli). Il a étudié l’histoire de l’art à l’École Normale Supérieure de Pise et à Sienne. Ses trois centres d’intérêt sont l’art de la Renaissance, la littérature italienne du XXe siècle (Montale, Ginzburg) et... le cinéma de François Truffaut.
Barlumi est le premier recueil de Giulio Burresi. Composées presque d’un seul jet, en une semaine, à l’âge de seize ans, ces courtes poésies sans prétention naissent de la recherche d’un dialogue et d’une harmonie avec le réel – recherche vaine et illusoire qui ne fait parfois qu’accroître le sentiment de solitude tout en dévoilant sa richesse...

Immensité du
                                  ciel

L'immensité du ciel,  de Jacques Lèbre (La Nouvelle escampette, 2016)

par Judith Chavanne

« Le monde est plein de voix qui perdirent visage », écrivait Supervielle, qui évoquait le tourment des défunts réduits à rien qu’un souvenir vague, inquiets de trouver refuge et survie auprès des vivants dont ils auraient volontiers habité le corps à nouveau, auxquels, du moins, ils auraient aimé rappeler leurs traits, leur visage avec plus de netteté qu’ils ne le font souvent.
C’est une même compassion qui anime Jacques Lèbre pour les âmes exilées de ce monde, dont il tente d’inventorier et d’évaluer les possibilités de demeurer sous telle ou telle forme après leur mort.

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Antoine Emaz
Hommage à Antoine Emaz (1955-2019)
Antoine Emaz nous a quittés, ce dimanche 3 mars 2019, dans l'après-midi. Il nous avait appris à ne pas nous payer de mots, mais aussi à nous y accrocher comme le lichen s'accroche à la pierre.


Giacometti l'homme qui chavire

" Ce que devint ta figure ce que fut ton visage au-dedans des semblables années je ne saurais le dire – ne te connaissant désormais que de loin en allée au milieu de ceux qui ne te ressembleront jamais perdue auprès de ceux que tu ne peux comprendre. Pour moi j'en suis réduit à te voir en pensées réduit aux restes maigres de ta silhouette – est-ce là encore te connaître. Et sans cesse pourtant il me faut veiller sur eux comme sur d'anciennes reliques menacées d'anonymat tandis que d'autres innombrables chaque jour te voient et te fréquentent sans y prendre garde. À quoi ceux-là passent-ils donc leurs journées à quoi leur sert-il de t'avoir dans leur sphère. Et sans y accorder la moindre attention en ta discrète compagnie bientôt les voilà seuls.(...) Lire la suite...


a
                                  l'équilibre
par Jean-Marc Sourdillon

On retrouve avec ce nouveau livre de Judith Chavanne, l'univers familier de ses poèmes : des enfants aux fenêtres, des fleurs, des oiseaux, l'espace abrité de son jardin, le silence de la neige qui tombe ou ces quelques gestes qui paraissent parfois se suspendre. Motifs inlassablement repris mais jamais lassant, sans cesse changeant, redisposés autrement et révélant, sans jamais les nommer ces imperceptibles mouvements de la vie intérieure. (lire la suite...)


Proxima
                                  century
par Jean-Marc Sourdillon
Proxima Centauri est le nom de l’étoile la plus proche de la terre après le soleil. Proximité très relative puisque qu’elle se trouve à environ quatre années lumière. C’est aussi le titre d’une courte pièce de théâtre de Mathieu Hilfiger, une sorte de dialogue stellaire parue récemment aux éditions "Le Ballet royal".  Trois personnages, un ingénieur, un médecin et un technicien, dérivent  au milieu de l’espace à bord d’une station spatiale dont ils ont la responsabilité. Ils commentent dans d’étranges dialogues poétiques la situation dans laquelle ils se trouvent : le monde d’où ils viennent est en guerre et menace d’exploser, l’engin qu’ils habitent est sur le point de s’effondrer et la lentille de la lunette qui leur permettrait de se repérer est fendue et impossible à réparer. Leur seul repère est l’étoile Proxima Centauri dont ils se rapprochent dangereusement alors qu’elle entre en fusion. (lire la suite...)

Holdban

par Jean-Marc Sourdillon
Toucher terre, le dernier  recueil de poèmes de Cécile Holdban,  semble   un peu plus construit que les précédents (autrement dit, plutôt livre que recueil), obéissant tout entier au mouvement d’une quête. On y cherche une issue dans un labyrinthe : labyrinthe de soi,  de l’hiver sans lumière, des circonstances en forme de piège, de l’absence d’événements,  des détours, des lacets que fait la vie en se retournant  sur elle-même comme l’insomniaque dans son lit, de l’affolement intérieur et du sentiment d’être coincé en soi sans pouvoir s’en extraire… 

Lire la suite...

Martine
                                  Broda

Dessin, portrait de Martine Broda par Anne Gorouben



 (suite...)

Paul
                                  Verlaine

"Verlaine ne fut pas le truand contemporain, le ribaud attardé que se représentent avec curiosité, avec dégoût, selon les mentalités de chacun, les publics bourgeois à prétentions lettrées "... Qu'en fut-il de la fin de sa vie, et de son écriture lyrique tardive ? Pierre Couranjou nous apporte quelques éléments précis pour répondre à ces questions...

POrtrait
                                  d'Yves Bonnefoy


écrite par le poète italien Eugenio de Signoribus en hommage à Yves Bonnefoy
traduction en français par Jean-Charles Vegliante

Dans une lettre du 27 janvier 2011, qui accompagnait sa traduction en français de 24 sonnets de Pétrarque, Y. Bonnefoy écrivait : « Notre communauté d’amitié sous le signe de la poésie est ce qui me préserve de la désespérance. La poésie est aujourd’hui comme une braise sous la cendre. On peut espérer que le feu y reprenne… »

Et il est certain qu’en visionnaire lucide, avec la haute texture de pensée et de langue, il a été un exemple de résistance contre la mortification de la poésie, sans cela « terre d’exil ».  




Mains de
                                  poète
Un rapide état des lieux autour du concept de main et de ses représentations chez les poètes du XXe siècle

Le poète agit dans l'obscurité d'une chambre, à peine éclairé, tenant entre ses doigts une plume "à bec de bélier", un objet pointu et dangereux. Le poète est un homme de main. Ou plutôt, il est un homme-de-la-main, en un seul mot. Comme si c'était là son essence même. La main, organe du possible, organe de préhension en même temps que de compréhension. Une main qui, coupée, pourrait mettre fin à la poésie en même temps qu'à l'homme. La main, voilà de quoi ne cessent de nous parler Valéry, Celan, Tortel ou encore Jabès. Un trop plein de mains qui nous oblige à un rapide état des lieux...





Jacques
                                  Réda
Pascale Rodts-Rougé est Maître de Conférences en Langue et Littérature françaises du XX° et XXI° siècles à l’Université du Littoral - Côte d’Opale (ULCO). Elle a consacré sa thèse, publiée en 2002 sous le titre Aux frontières, essai sur Jacques Réda (Ed. du Septentrion, coll. « Objet ») et de nombreux articles à Jacques Réda. En quête des « dilectures » chères à Guy Goffette, elle interroge la notion d’écriture imitative autant qu’elle s’interroge sur les affinités électives qui font se rencontrer, comme dans la bibliothèque borgesienne, un poète, un musicien, un peintre, un lecteur, d’ici et d’ailleurs.
Son séjour d’un mois à Pékin en 2018 en tant que professeur invité à la BFSU a été l’occasion de relire Jacques Réda à la lumière de l’un des plus fameux poètes chinois, Li-Po, auquel Jacques Réda rend hommage dans deux recueils situés à la croisée de l’exercice de style et de la rêverie empathique.
Cette rencontre entre un écrivain-poète contemporain et un poète de la dynastie Tang s’inscrit dans une réflexion plus générale sur la rencontre avec l’Autre et l’Ailleurs, qui sera au coeur de la Journée d’études transdisciplinaire organisée par Pascale Rodts-Rougé à l’ULCO le 22 novembre 2019 : « Entre Occident et Orient : dialogue des esprits, dialogue des cultures ».
Pour toute information, merci d’envoyer un mail à rouge@univ-littoral.fr






Ossip
                                  Mandelstam

par Jean-Michel Maulpoix

"C’est un événement éditorial rare, à marquer d’une pierre blanche, que la publication d’une traduction des œuvres complètes d’un poète étranger. Et lorsque ce poète est de l’importance d’Ossip Mandelstam, cet événement est considérable. Réunis en deux volumes, à la fois d’emploi commode et remarquablement présentés, les œuvres en vers et les écrits en prose du poète russe se trouvent pour la première fois rassemblés, disponibles pour tous, après avoir sourdement nourri et irrigué la réflexion de quelques-uns des poètes les plus importants de la seconde moitié du XXe siècle : Paul Celan, René Char, Pier Paolo Pasolini, Philippe Jaccottet, André du Bouchet, Derek Walcott, Seamus Heaney…" (lire la suite...)

 


Pascoli

par Yannick Gouchan
"Jean-Charles Vegliante, à qui l’on doit, depuis près de quatre décennies, le passage en France et en langue française de nombreux poètes italiens (dont une version intégrale et admirable de la Comédie de Dante, chez Poésie/Gallimard), propose un volume qui tient à la fois de l’essai et de l’anthologie. Il nous présente un des auteurs essentiels pour saisir la modernité poétique en Italie.

Giovanni Pascoli (1855-1912) est véritablement un poète de l’inquiétude (on parle de « […] la terreur de cet être simple »), obsédé par les disparus et dont le volume de Jean-Charles Vegliante confirme l’appartenance au symbolisme et plus largement à la grande littérature, car Pascoli tient, en Italie, une place comparable à celle d’un Hugo ou d’un Mallarmé en France." (lire la suite...)



Mesure au vide
par Jean-Michel Maulpoix

« Tu reconnais l’espace de la page / au silence ». Sur ces mots s’ouvre « Mesure au vide », poème de Maud Thiria accompagné d’encres de jérôme Vinçon, publié par les éditions Aencrages & Co.
C’est d’une avancée attentive et précautionneuse que nous suivons les pas de page en page, dans ce silence que les signes explorent « comme on recouvre un nouveau-né de drap », « comme on signe un corps défunt mis en terre » : le lent tracé du langage, les gestes de ses « mots aux mains multiples », à la recherche d’une présence vive quoique mesurée au vide même qu’ils affrontent.
Dans ce premier livre, Maud Thiria se tient face au paradoxe de l’écriture qui fait que les mots semblent se tendre comme des mains, en direction d’un corps, désireux de présence, mais qu’ils ne livrent jamais rien de réel, hormis leur propre tracé. Lire la suite 

la
                                  raversée des regards

par Jean-Michel Maulpoix

« Je est un mot comme un autre / Seulement il est plus court /Et plus rugueux »
Ainsi s’ouvre la première partie de La traversée des regards de Gabriel Meshkinfam, « Irréflexions de Narcisse » . Il est difficile, en effet, d’autoriser ce « je » à parler, et de lui permettre simplement de dire la beauté du monde, quand l’idée même de poésie est l’objet d’un doute, et qu’une voix vous répète obstinément : « Elle n’a plus rien à dire ». (lire la suite...)

Ayres

par Jean-Charles Vegliante

"Ce petit livre de proses en forme de journal est passionnant parce qu’il est en quelque sorte la relation (victorieuse) d’un échec. Échec à dire une expérience de vie intérieure, de l’ordre du mysticisme si l’on veut, et échec à se sortir seul – sortir littéralement, dans la vie qui se dit réelle – d’une introspection touchant aux ressorts celés (et précisément inconscients) de cette expérience. À la suite, peut-on inférer, d’un grave deuil. L’auteur, affirmant d’emblée sa souffrance, surgie en lui comme « presque une larme », mais au plus près « Non, pas presque, mais UNE larme. Une pensée tournée vers elle-même comme un secret. (...)" Lire la suite...


Connaissance par les
                                  larmes

par Jean-Michel Maulpoix

Connaissance par les larmes : sous ce beau titre, Michèle Finck nous donne aux éditions Arfuyen un livre important qui explore lyriquement « la voie lactée des larmes » telle qu’elle coïncide avec la part sensible de l’écriture poétique. Musique, peinture, cinéma, architecture : les arts et les mythes, autant que les émotions vécues, entrent tour à tour en résonnance avec cette conscience sensible de la langue que l’on appelle poésie et qui cherche, interroge, se souvient, espère et souffre… Les œuvres ainsi font corps avec la vie, sa souffrance, son désir du large, son écoute silencieuse de la neige, son appel à autrui : cette quantité fébrile d’attente à tout jamais insatisfaite que nous pouvons appeler « soif », souvent pareille à une page blanche, où vient s’écrire la partition même de notre existence. Pour le dire autrement : Connaissance par les larmes est un livre-bilan qui rassemble et qui organise les morceaux d’un savoir venu fragmentairement, au plus près de ce que notre vie dispense d’émotions et construit de pensées dans la douleur même de se connaître périssable. (lire la suite...)


benoit
                                  Conort


par Jean-Michel Maulpoix

"Voici que la nuit descend : sur le poème, sur la mémoire, sur tout ce qu’il reste de vie… Elle descend comme l’obscurité noie peu à peu le jardin, ou elle remonte des mots et de leur vieille charge de sens, comme d’une enfance à présent lointaine mais dont les anciennes douleurs connaissent un regain de rigueur." (lire la suite...)



CE léger
                                  rien des choses


par Jean-Michel Maulpoix

"Comme pour apporter à son titre un démenti cinglant, Ce léger rien des choses qui ont fui confirme avec éclat cette évidence : la parole lyrique monte en puissance à proportion de la quantité d’ombre projetée par la mort sur nos attachements les plus vifs, au premier rang desquels vient se dresser l’Amour.

Car ce sont bien là les deux forces antagonistes qui font de part en part chanter l’écriture de ce nouveau livre d’Alain Duault, telles deux formes de l’affolement : angoisse et désir, terreur et plaisir, comme ténèbres et lumière…

Et ce sont alors, sur près de deux cents pages, non pas de « légers riens », mais les cris, les vitupérations, les suppliques, les murmures amoureux, les musiques, les coups de reins et les mouvements d’épaules du poème, bref toute l’étendue de la geste du lyrisme qui se donne à entendre et à lire, tandis que s’empoignent l’angoisse de mourir et la fièvre du désir. (lire la suite...)


la vie discontinue


par Jean-Michel Maulpoix

« On est là un peu par hasard », dit la première phrase ; mais n’hésitez pas, poussez la porte de ce livre : "La vie discontinue" de Jean-Marc Sourdillon, publié aux éditions « La part commune ». Chacun des huit textes qui le constituent fait partager l’ouverture d’un passage. En chacun se propagent l’écho d’un souvenir et la trace d’une brisure. Entre récit et poème, chacun donne à lire et à éprouver un vertige, mais d’une manière étrangement calme, sur le ton familier de la confidence. Il arrive ainsi que le récit poétique, tout profane qu’il soit, tienne de la parabole.(lire la suite...)


Le bruit de la langue


par Jean-Michel Maulpoix

"Un après-midi au zoo où les autruches côtoient les singes, un tableau accroché au mur, un bruit qui insiste dans le silence, un roi jaloux de la lumière, un voyageur qui traverse la campagne en fredonnant…, Le bruit de la langue de Gilles Mentré assemble proses et vers dans une suite de libres variations dont l’objet demeure improbable. Voici un livre qui entraîne son lecteur dans la singulière partie de cache-cache que la langue engage avec elle-même et avec le monde, dans l’écriture poétique." (lire la suite...)


Mallarmé

par Jean-Charles Vegliante

"Ce serait même la deuxième fois, après la belle version de Patrizia Valduga en 1991 (S. M. Poesie, sans notes, chez Mondadori), que Stéphane Mallarmé parle italien. Ou plus exactement écrit en italien. Cette fois avec d’abondants commentaires de Luca Bevilacqua (p. 265-360) et la traduction de Chetro De Carolis : S. M. Poesie, Venise, Marsilio “Classici francesi”, 2017, 368 p. (au premier abord, c’est plutôt de l’ancienne édition Feltrinelli, par Luciana Frezza, que cette dernière semblerait proche ; mais nous éviterons des comparaisons stériles" (Lire la suite)

France
                                  Burghelle-Rey

par Alain Duault

"France Burghelle-Rey a déjà derrière elle une œuvre conséquente publiée depuis une dizaine d’années au gré de revues et d’éditeurs de poésie – mais aussi via les réseaux sociaux, tant par son blog très fourni que par la publication régulière de poèmes sur facebook. Cette Petite anthologie est donc l’aboutissement d’un parcours d’écriture qui veut hausser la parole contre l’étouffement, contre la souffrance, toutes les souffrances qui bâillonnent. (...) Lire la suite

Maud
                                  Thiria
par Maud Thiria

Née à Paris en 1973, Maud Thiria découvre dès l’enfance la poésie et la peinture. Mue d’abord par  un désir d’écrire, ce n’est qu’au fil du temps que ses dessins, ses « traces » prennent forme, prolongeant son parcours de signes. Elle publie ses poèmes dans des revues (Le Nouveau Recueil, Terre à ciel, Diérèse, A verse, Thauma, Recours au poème, N47) et des livres d'artistes, notamment autour de la peinture de Christian Gardair.

Vénus Khoury Ghata
par Alain Duault

"Quel beau livre offre Vénus Khoury-Ghata avec Les derniers jours de Mandelstam : à partir d’un récit traversé d’éclats, de bribes de poèmes, déroulé comme une dramaturgie funèbre, elle nous introduit dans l’intimité du grand poète russe Ossip Mandelstam qui va mourir à quarante-sept ans dans un camp stalinien, un lieu de passage entre deux goulags, environné de mots encore pour respirer, pour survivre. (lire la suite...)

écriture
par Quentin Biasiolo

"Au commencement il est vrai il y eut d'abord cette sorte de solitude fragile il y eut ton plus grand abandon au-dedans des minces foules. Et personne ne prit garde à cette figure anonyme au milieu des figures innombrables. Personne ne prit garde à ta mine basse – cette mine toute tournée en direction de tes intérieurs – le menton rentré cherchant quelque appui auprès de la poitrine cherchant une voie de subsistance quelque peu sûre. Le repos a-t-il doncson lieu au-dedans de soi (...)"

alain Duault
par Alain Duault

"En fait, je ne voulais pas t’écrire car je ne t’aime pas.
Pourtant, tout compte fait, il me semble que nous avons des choses à nous dire : nous avons depuis longtemps trop souvent cheminé de conserve pour feindre l’indifférence !
Tu te souviens, j’en suis sûr, de nos premières rencontres : c’était dans le bel enclos paroissial de Ploumiliau, en Bretagne. Tu étais, tu es toujours cette effigie de granit debout, rêve de pierre incarné, ton squelette vivant et ta faux à la main, prête sans doute à grimper dans ta charrette et à arpenter les chemins creux à la rencontre de… On t’appelait, on t’appelle l’Ankou."(...)
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Morillon

par Alain Duault

Note de lecture sur Poéclats (Caprice avec des ruines) de Martine Morillon-Carreau (Editinter, 2015)

Etrange livre, qui montre et se cache, qui fait semblant de jouer alors qu’il est dans le dévoilement intime, mais qui avoue au détour de quelques vers : « Le jeu était / – vain jeu de glaces avec / l’air tremblé de l’été – / un rêve un vertige ». Tout est dit.
Dans ce balcon en forêt (la forêt des mots bien sûr), Martine Morillon-Carreau semble jouer avec les infinis miroitements de l’œuvre de Julien Gracq et prétend ne livrer au lecteur que ce « caprice »… Mais le lecteur ne se laisse pas prendre à ce faux-semblant qui dit le vrai en semblant faux, en ne semblant qu’un jeu oulipien avec les traces écrites d’une œuvre aimée. Martine Morillon-Carreau ne nous leurre ni ne se leurre, ce leurre fût-il doux qui dit la douleur d’aimer et d’attendre la réponse. (Lire la suite...)

la visite
par Jacques Sicard

"Œuvre à visée posthume en ce que destinée à être projetée après le décès de son auteur entré en vieillesse, La Visite, ou Mémoires et Confessions, nourrit un projet anthume par le mouvement à rebours imprimé à la confession, par la marmoréenne frontalité photographique qui en est le pendant physique (et atténue le caractère indigeste de son contenu mystico-nationaliste), par le "Je m'éclipse" qu'Oliveira profère, initiant la rétroversion finale au noir (...)"

nature
« Juste de vie, juste de voix »
Éthique et joie dans la poésie de Philippe Jaccottet

par Quentin Biasiolo

"Pour Jaccottet,  la nature n'a rien d'un objet, elle n'a rien d'une chose à laquelle nous ferions face – et encore moins dans une position de domination. Bien au contraire, la nature est à penser selon la catégorie toute particulière du don. Elle est ainsi – à l'image, sinon d'une offrande, du moins d'un cadeau – ce qui s'offre à nous, et qu'il s'agit de comprendre(...)"


Jaccottet
par Ludivine Moulière

"Si la critique s’est attardée à de multiples reprises sur le rapport de Philippe Jaccottet au paysage, face riante de l’espace, l’expeérience de la spatialité elle-même n’a encore jamais été interrogée. Or, il existe, dans la poésie de Jaccottet, une face plus cachée et plus inquiétante de cette relation à l'é́tendue, qui transparaît notamment dans le dernier récit de rêve rapporté dans les carnets de la Semaison, et pour la première fois nommé non plus « rêve », comme à l’accoutumé, mais « Cauchemar » (...)" (Lire la suite)

Cemetery
par Jacques Sicard

"Dans les yeux d’Apichatpong Weerasethakul, l’homme-femme est un être spirituel. Rien d’autre. À l’intérieur de ses limites corporelles que réfléchissent les miroirs et que fixent les photographies comme autant de mensonges, rêves et cauchemars souverains se partagent un territoire d’âme non cartographié. Rêves et cauchemars de veille et de sommeil qui hors du temps s’étendent vite aux mesures d’un empire. Un fond d’indicible repos alimente l’énergie passionnelle nécessaire à leurs évanescentes formes épiques."(...) Lire la suite

Mario
                                  Benedetti
Poèmes. (Présentation et traduction de l'italien par Jean-Charles Vegliante).

"Le livre de poèmes de Mario Benedetti, paru en 2013 chez Mondadori, Nel silenzio del fiato, confirme la maîtrise et l’originalité de cette voix dans l’ensemble du monde littéraire italien. Une qualité rare de Benedetti est, dans le lyrisme comme dans la réflexion sur son propre arrière-pays poétique (Matériaux d’une identité, 2010), son refus du bavardage, sa discrétion : non pas solitaire mais toujours prête à la rencontre (ses textes sont parfois mis en musique), accueillante pour les plus jeunes, en un temps difficile où il vaut mieux multiplier les occasions de paraître et d’intervenir médiatiquement sur des sujets divers, bien en accord avec l’habileté éclectique de certains polygraphes de doxa pré- et post-berlusconienne (fort bien accueillis en France). (...) Lire la suite

Fernando
                                  Pessoa